Chaque année, le Canada lance de nouveaux projets pilotes. Laboratoires d’innovation sociale, initiatives de développement de la main-d’œuvre, fonds d’impact communautaire, contrats axés sur les résultats : le paysage regorge de débuts prometteurs. Pourtant, malgré des milliards de dollars d’investissements publics et philanthropiques chaque année, il demeure particulièrement difficile de répondre à la question suivante : qu’est-ce qui fonctionne réellement à grande échelle?
Le problème n’est pas le manque d’ambition. Le secteur social canadien fait preuve d’une ambition extraordinaire. Le problème, c’est l’infrastructure — ou plutôt son absence.
Ce que nous entendons par infrastructure de l’impact
L’infrastructure de l’impact désigne les systèmes partagés, les modèles de données, les cadres de mesure, les mécanismes de financement, les partenariats et les parcours de prestation qui permettent aux gouvernements, aux fonds, aux ONG, aux employeurs et aux collectivités de concevoir, de mesurer, de financer et de déployer à grande échelle des résultats sociaux et économiques.
Pensez à l’infrastructure physique. Les routes, les ponts et les réseaux électriques ne font pas que relier les personnes à des destinations : ils créent les conditions nécessaires au fonctionnement de tout le reste. L’infrastructure de l’impact joue le même rôle pour les programmes sociaux : elle permet de repérer, de financer, de reproduire et d’améliorer les bons programmes.
Sans cadres de mesure communs ni données sur les résultats, même les meilleurs programmes restent isolés : ils ne peuvent ni démontrer leur valeur aux bailleurs de fonds ni tirer des leçons de l’expérience de pairs qui réalisent un travail semblable ailleurs au pays.
Pourquoi les projets pilotes ne suffisent pas
L’approche actuelle du Canada en matière d’innovation sociale repose largement sur des projets pilotes. Un organisme communautaire reçoit du financement pour mettre à l’essai un nouveau modèle. Les résultats sont documentés — parfois avec rigueur, parfois non. Un rapport est produit. Le projet pilote prend fin. Le bailleur de fonds passe au prochain cycle.
Ce cycle génère des apprentissages précieux, mais permet rarement un déploiement à grande échelle. Le problème n’est pas que les projets pilotes échouent — beaucoup réussissent. Le problème, c’est l’absence de l’infrastructure nécessaire pour transformer ces apprentissages en solutions à grande échelle. Il n’existe pas de norme de données commune, de cadre partagé sur les résultats, de mécanisme d’apprentissage entre les programmes ni de parcours menant du succès d’un projet pilote à son adoption à l’échelle du système.
Ce qui doit changer
Le Sommet canadien de l’impact social 2026 réunira les leaders nécessaires pour commencer à combler cette lacune. L’accent mis par le Sommet sur l’infrastructure de l’impact n’est pas théorique : il est pratique. Il s’agit de poser des questions difficiles sur les systèmes de données, les mécanismes de financement, les partenariats de prestation et les cadres de responsabilisation. Il s’agit de bâtir les liens qui permettront au secteur social canadien d’apprendre de sa propre expérience, de financer ce qui fonctionne et de déployer à grande échelle ce qui dure.
Le Communiqué d’Ottawa sur l’infrastructure de l’impact, qui sera publié après le Sommet, présentera les engagements communs des gouvernements, des bailleurs de fonds et des organismes de prestation à prendre des mesures concrètes pour bâtir l’infrastructure de l’impact au Canada.





